Dehors le jour peinait à se lever, la pénombre noyant quelques toits de maisons individuelles dans la masse et un chien qui pissotait après un poteau au bas de l'immeuble. La propriétaire et concierge jetait des coups d'oeil à tout va et épiait indélicate ment les lumières des appartements des locataires éveillés. De sa fenêtre Fred lui fit un ptit signe ce qui sembla l'indigner, gênée sans doute de s'être faite démasquée. Médor fut à moitié étranglé et emporté dans la foulée. On entendit qu'un bruit sourd de la porte de l'immeuble. Fred passa machinalement la main dans sa barbe naissante en pronostiquant un frêle soleil pour la journée. Il se dirigea dans la salle de bain en faisant un crochet rapide par le clavier pour laisser un mot à Anna
" merci Anna toujours un plaisir tes petites attentions. Je t'embrasse",
Il passa la porte, fit couler un peu d'eau chaude au lavabo et s'aspergea le visage devant la glace. Il écarquilla un peu les yeux encore rouge de sommeil, tapota sur le bouton du chauffage électrique et laissa choir ses vêtements au sol puis les fit glisser dans un coin avec le pied. Il ouvrit la porte vitrée de la douche dans un petit grincement et s'engouffra dedans en prenant garde de ne pas glisser sur le bac blanc. Il ouvrit l'eau, testa d'une main la température et s'immergea sous les jets si chauds que la vapeur masqua rapidement la pièce en épais brouillard, ne se dissipant que plusieurs minutes après sa sortie.
Les journées étaient inlassablement les mêmes, entre siestes, musique, quelques courses et une ou deux sorties dans le but de se réconcilier un peu avec la réalité. Le temps ne filait ni moins vite, ni plus vite que ceux à la vie bien établie dans la rigueur. Elle n'en était pas forcément meilleure non plus mais au moins il ne faisait pas semblant. Une génération non programmée a encore le choix. une chance! il faisait ce pour quoi la nature l'avait fait. Elle lui avait donné une bonne voix et des doigts habiles pour les instruments. C'était un musicien et un chanteur doué enfermé dans une époque qui ne cherche plus le talent mais la rentabilité. Mais il avait aussi suffisamment de courage et d'ambition pour ne pas baisser les bras. Le soir venu, le même topo recommençait. Quatre chiffres rouges qui aveuglaient les yeux, la pénombre, deux mains qui tapent sur un clavier, un pschit de canette, la capsule qui vole et roule à terre rejoindre celle de la veille, les yeux rivés sur l'écran sur lequel clignotent...3 messages. Cette histoire pourrait tourner en boucle, pourtant elle ne le fera pas, emportée dans la valse des messages pressés de nouer les liens. Un peu d'émotion en pièce jointe, des frissons aux peaux qui s'ignorent, des rires aphones, des sourires penchés en smiley auront bientôt mit des mots trop forts sur des sentiments incertains comme une partie de Poker à l'aveuglette. Tel est le risque du jeu du virtuel pour des âmes bien relles.
...un bruit de tiroir caisse dans la pénombre d'un matin paresseux, une main qui arrache la feuille du calendrier. Le 29 décembre 2010. Fred sourit, à l'écran 2 messages.