Ailleurs sûrement d'autres mains qui tapent, qui attendent un retour de mail, les yeux rivés sur un écran et des capsules de cannettes à terre. Pour l'heure c'est son heure, et le temps du clic sur le premier message d'Isa:
" demain pour ton anni, que dirais-tu de me rejoindre et de fêter ça IRL?". Le pouls s'accélère, une certaine nervosité teste la pensée. Y aller, ne pas y aller, se rencontrer, ou non. Pas le temps de réfléchir, ouvrir le deuxième mail, celui de Brume.
" bonjour toi, je passe sur Paris demain, ça me ferait plaisir de te rencontrer et puis ça ferait l'occasion de fêter ton anniversaire?" Le pouls s'emballe, le sang se presse, la mémoire se sent confuse à trier mille images abstraites. Fred s'engouffra dans le dossier de son fauteuil, les mains jointes au menton, songeur, vacillant un peu de petits sursauts rythmés comme une berceuse rassurante. Il ferma les yeux un instant comme pour mettre ..é les choses extérieures. Le dilemme était de taille et ne laissait pas le temps à la réflexion. Isa ou brume. Puis il eut un demi sourire, il ouvrit les yeux et contempla les contours du paysage breton de la mystérieuse. Elle c'était le brouillard, les sentiments mêlés, mais...pas d'image à laquelle se raccrocher. Qu'importe, il voulait en avoir le coeur net. Il se redressa vivement sur le fauteuil, pianota rapidement sur le clavier:
"ok Brume, on se voit demain. Envoie moi l'adresse." L'hésitation, la relecture du mail, encore et encore puis la touche enter pressée, message envoyé. Réception en retour d'un numéro de rue, d'un quartier. 12H. La journée passa lentement tiraillé entre l'euphorie et le stress. Fatigué de faire les cents pas, Fred ira finalement dormir et rattraper les innombrables heures de sommeil manquantes. La nuit succède au jour puis se fait discrète.
Quatre chiffres rouges aveuglant les yeux, deux mains qui ne pianotent pas. La pénombre qui voit un corps se lever, direction la cuisine, l'odeur du cacao, le bruit de l'emballage plastique d'un paquet de brioche. Une ombre devant le miroir, la porte de la salle de bain qui s'ouvre et se ferme pour s'ouvrir de nouveau sur des volutes de vapeur. Le jour s'installe, les aiguilles tournent et chasse le matin paresseux. Il pleut. Fred enfile son blouson noir et sort de son appartement en fermant la porte à clé. Il croise la concierge et son chien à moitié étranglé. Il la salut d'un sourire, elle court se terrer derrière sa porte. Il arpenta l'allée jusqu'au trottoir où était garée sa voiture. Il donna un tour de clé et s'assied, démarra le moteur et roula direction Parsi 5ème. Il pris sur la route quelques embouteillages, ne râla même pas après les chauffards, l'oeil sur sa montre. 11H55, il trouve la rue, il trouve même étrangement une place pour se garer, juste devant.
Il prend une large respiration, il quitte son véhicule et d'un pas assuré monte les escaliers du vieil immeuble. Il trouve la porte , écoute un peu s'il y a du bruit. Il sonne. La porte s'ouvre, des ombres partout, des lumières rouges. On l'attrape par le bras, on lui murmure que tout va bien. Tout va bien? Au bout du couloir des lumières vives, du bruit, des applaudissements. On l'assoit sur un fauteuil rouge sous une enseigne digne des meilleures racoleuse virtuelle. A côté un objet massif calfeutré sous un drap blanc. "C'est un grand jour pour nous aujourd'hui" crie dans son micro un homme en costume 3 pièces sous les multiples projecteurs et un public en délire.
"Après ces quelques semaines dans le suspens, nous sommes heureux aujourd'hui de vous annoncer que l'expérience est une totale
réussite. Nous venons de démontrer que l'instinct primitif des êtres non génétiquement modifié ne soupçonnait pas un sentiment iréel émit par une machine d'un tout nouveau matériel, dotée de la
meilleure intelligence artificielle. Nous sommes enfin parvenus à créer la femme parfaite qui conduira les armées futures. Mesdames et messieurs, nous vous présentons: Brume!" il tira vivement le
drap blanc démasquant assise une femme à l'allure troublante de véracité. 2010. La première femme robot, trop vraie. Fred se vit remettre un gros chèque en échange du service rendu à sa nation.
De quoi vivre de sa musique même après sa mort. Il devint célèbre et fit enfin le disque tant attendu. Il n'alluma plus jamais l'ordinateur. Mais ne vous inquiétez pas, les histoires étant en
général bien faites, laissez moi vous dire qu'il croisera en rentrant la fille de la concierge, elle aussi non génétiquement modifiée. Ils vécurent heureux et eurent quelques enfants.
merci à ceux qui auront suivi. Je suis tout à fait consciente que cette nouvelle a encore à être travaillée. Mais étalée de cette façon, je dois dire que j'y vois mieux claire lol (je me
comprends) et puis au moins ça m'aura discipliné pour lui faire une fin ;-)